Pour une définition de l’action dans la perspective actionnelle en France

Apprentissage par l’action et perspective actionnelle pour l’enseignement des langues

Dans ce cinquième numéro de Synergies Canada, nous nous intéressons au rôle majeur de l’action, de l’activité et/ou de l’agir[1] dans l’enseignement-apprentissage des langues étrangères et plus particulièrement du FLE.

En effet, depuis la méthodologie active on s’interroge sur la place de l’action dans l’apprentissage d’une langue étrangère. Certaines méthodologies qui l’ont suivie ont bel et bien montré que l’action de l’apprenant était au cœur de leurs fondements de base, bien que cela ne soit pas explicitement mentionné. De nos jours, depuis la publication du CECRL (Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues, 2001) et de l’arrivée de la perspective actionnelle, le mot “action” semble apparaître de manière tout à fait explicite au cœur de la préoccupation de l’enseignement-apprentissage des langues.

Voilà pourquoi une réflexion sur le rôle majeur que l’action, l’activité et/ou l’agir occupent dans l’enseignement-apprentissage des langues, et notamment dans la perspective actionnelle, nous a semblé essentielle et a donc mérité un numéro de Synergies Canada.

Pour inaugurer cette discussion, vous trouverez l’article de Margaret Bento, qui s’interroge sur le terme « action » et se propose de le définir pour que l’on puisse mieux comprendre son rôle dans la perspective actionnelle. Selon l’auteure, la notion d’action est devenue incontournable en ce début de 21e siècle, raison pour laquelle Bento se donne pour objectif de vérifier comment les didacticiens comprennent ce terme et quelles en sont les conséquences.

A la suite de cette réflexion, Elie Alrabadi propose d’examiner le concept de tâches communicatives comme une manière d’introduire la perspective actionnelle en salle de classe. L’auteur aborde ce concept à partir de plusieurs définitions du terme « tâche », qui est devenu essentiel pour la compréhension du travail en salle de classe lorsque l’on adopte la perspective actionnelle. Alrabadi se penche encore sur les différences que l’on peut déceler entre l’approche communicative et la perspective actionnelle, dans le but de clarifier leurs points de convergence et de divergence.

Comme nous le savons, la perspective actionnelle a vu le jour lors de la publication du CECRL (Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues) – ou après sa publication, comme l’affirment certains théoriciens. Celui-ci est donc considéré un ouvrage de référence pour la compréhension de cette perspective car il présente les orientations majeures d’un enseignement-apprentissage orienté par l’action. Le CECRL reste cependant un document descriptif, qui annonce ce qu’il faudrait faire, sans dire comment le faire. C’est dans le cadre de cette problématique que l’article de Luiza Guimarães-Santos s’insère : l’auteure nous montre comment les recherches sur les genres textuels peuvent fournir une façon de mettre en pratique la perspective actionnelle en salle de classe. L’auteure nous montre une étude sur le genre « itinéraire de voyage » et aborde son utilisation dans un cours de FLE basé sur la perspective actionnelle pour travailler la production écrite des apprenants.

La production écrite est également le sujet de réflexion de l’article de Catherine Black et Manuel Dias qui proposent une étude qualitative sur le rôle motivationnel des manuels d’écriture. Dans leur article, les auteurs s’interrogent sur le processus d’écriture et les difficultés imposées par l’écrit, souvent perçu comme présentant des obstacles insurmontables. Black et Dias nous montrent ainsi une analyse de quelques manuels d’écriture et de quelques questionnaires remplis par des étudiants et des enseignants, en vue de tirer des conclusions sur l’importance de la motivation dans des cours d’écriture. Les auteurs concluent par une analyse critique de la compétence écrite telle qu’identifiée dans le CECR, en mettant en question les limites de l’idée de tâche comme suffisante pour faire écrire et en proposant un renouvellement des pratiques pédagogiques.

Une autre compétence à part entière dans le CECRL est l’oral, abordé dans l’article de Radek Kucharczyk. Selon l’auteur, l’interaction verbale à l’oral est une compétence à plein titre autonome dans le processus d’acquisition des langues et devrait donc être enseignée / apprise à partir de ses caractéristiques qui ont été décrites par des linguistes. Voilà pourquoi l’auteur se propose de décrire les recherches en linguistique sur l’oral comme objet autonome, avant de traiter de son enseignement dans un cours de langue étrangère.

Pour clore ce numéro, Mônica Fiuza Bento de Faria traite de la question de la grammaire dans l’enseignement-apprentissage du FLE. A partir de son expérience en tant que formatrice, l’auteure nous montre une réflexion sur la perception de la grammaire par les enseignants, ainsi que sur le traitement de la grammaire dans des manuels actuels et anciens. A travers un survol historique, elle nous propose ainsi de s’interroger sur les changements qu’ont subis (ou pas) les rubriques « grammaire » dans des manuels de FLE et de réfléchir à son rôle à l’ère de la perspective actionnelle.

Ce cinquième numéro de Synergies Canada n’aurait vu le jour sans le travail de nombreuses personnes. Nous remercions les auteur-e-s, l’équipe éditoriale, les évaluateurs et évaluatrices d’articles et nos assistants à la rédaction, Roberta Hernandes, Jessica Martin et Heena Mistry. Nous tenons à exprimer notre gratitude également à Clive Thomson et à l’école des langues et littératures de l’université de Guelph (Canada) pour le soutien financier, à la bibliothèque de l’université de Guelph pour l’archivage électronique de la revue et à Wayne Johnston pour l’assistance technique avec la plateforme Open Journal System, logiciel de gestion pour revues électroniques.

Éliane Lousada, Frédérique Arroyas et Margot Irvine
Rédactrices en chef
Synergies Canada

[1] Malgré les différences théoriques et épistémologiques entre ces termes, nous laissons à chaque auteur-e le souci de préciser comment ils les comprennent dans le cadre de leurs recherches.




Synergies Canada. ISSN: 1920-4051

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